Les grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes
« notre place n’est pas ici, mais dehors »

Depuis plus de deux mois, des étrangers enfermés dans deux centres de rétention administrative (CRA) de la région parisienne mènent des mouvements de grève de la faim pour protester contre leur incarcération. Au début du mois de janvier, leurs cris d’alarme ont connu un écho inhabituel : probablement parce que les objectifs chiffrés fixés par le gouvernement pour les reconduites à la frontières ont conduit l’administration à accélérer les procédures et à multiplier, à la fin de l’année 2007, les pratiques arbitraires et les mauvais traitements. Pourtant, ces situations n’ont rien d’exceptionnel. Elles sont le lot commun de ce que vivent tous les jours, sans avoir été condamnés ni jugés, les étrangers, réfugiés, demandeurs d’asile, sans-papiers dans les multiples lieux d’enfermement administratif qui, répartis sur tout le territoire, et ailleurs en Europe, sont devenus un des éléments clefs de la politique migratoire.
Le témoignage recueilli le 20 février auprès des grévistes de la faim du CRA de Vincennes, ci-après, en témoigne.

Il n’existe pas de « bonnes » conditions de rétention. Comme le démontrent toutes les observations menées sur le terrain par les ONG ou les chercheurs, comme ceux du réseau Migreurop, l’internement administratif auquel sont soumis les étrangers en France, et en Europe est par sa nature même porteur de violations, plus ou moins systématiques, plus ou moins inévitables lorsqu’elles ne sont pas volontaires, de leurs droits fondamentaux : en premier lieu, la liberté d’aller et venir, mais aussi le droit d’asile, le droit au respect de la vie privée et familiale, le droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants, ou encore les droits spécifiques aux mineurs.

Dès 1993, en désignant haut et fort comme les « oubliettes de la République » le sinistre « dépôt » de Paris qui servait de centre de rétention, le Gisti obligeait les autorités à le fermer. Notre vigilance est plus que jamais d’actualité : exigeons de savoir ce qui se passe derrière les barreaux des zones d’attente et des centres de rétention ! Fermons les camps d’étrangers, ici et ailleurs !

22 février 2008

Communiqué des grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes, le mercredi 20 février 2008

Nous avons l’honneur de vous informer que l’on vit une situation très difficile et catastrophique. Le manque de la moindre des choses, la nourriture, les chambres sans chauffage, pas d’eau chaude, l’hygiène, les provocations des services de l’ordre et la chose la plus importante : la privation de notre liberté. Dans le centre de rétention des chambres ont été incendiées. Un coran a été déchiré par les CRS. On n’a pas eu de réponse satisfaisante à notre égard de monsieur le procureur de la République. Après notre témoignage, c’est comme si rien ne s’était passé. Quand nous sommes malades, les médecins ne nous donnent que du doliprane et des cachets pour dormir. On a 90 % des détenus qui sont musulmans, ils nous servent de la viande pas halal. Après trop de demande et des grèves, personne ne nous a écoutés. Le manque de courtoisie bien que nous sommes dans un centre de rétention et pas pénitentiaire, mais c’est le contraire qu’on subit et de cela on garde un sentiment de mépris.

Pour toutes ces raisons nous demandons à tous les médias qu’ils soient au courant et qu’ils écoutent les témoignages des retenus. Nous exigeons notre libération et nous commençons une grève de la faim qui durera un délai de 4 jours. Notre place n’est pas ici mais dehors.

Les grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes
(texte dicté au téléphone depuis le centre de rétention de Vincennes)

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Dernier ajout : vendredi 22 février 2008, 15:55
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