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LETTRE

Lettre au ministre de l'intérieur

Paris, le 29 janvier 2004

Monsieur le ministre
Ministère de l'Intérieur
Place Beauvau
75008 Paris

Monsieur le ministre,

C'est en votre qualité de ministre de tutelle de la police nationale que je souhaite vous interpeller sur des événements dont j'ai été à la fois témoin et victime samedi dernier, le 24 janvier, jour du défilé du nouvel An chinois.

Pour des raisons personnelles, je me trouvais vers 14 h près de la place Charles de Gaulle avec une amie, qui est également membre du groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), dont je suis la présidente.

Nous voulions profiter de notre présence dans ce quartier pour regarder les festivités quelques instants lorsque notre attention a été attirée par des policiers conduisant de jeunes gens d'origine chinoise (du moins, je le suppose) à l'écart, au coin de la rue de Tilsitt et de l'avenue Friedland. D'autres policiers, portant un paquet de tracts, sont venus rejoindre le groupe.

Les deux jeunes garçons ont été plaqués contre les grilles et fouillés. L'un a été contraint de retirer son tee-shirt, l'autre s'y est refusé. C'est ainsi que nous avons pu apercevoir que le maillot en question portait l'inscription « des papiers pour tous ».

C'est cet élément qui nous a conduites à nous rapprocher et à demander de façon courtoise aux policiers présents ce qui se passait. Nous ne gênions aucunement l'opération, et il peut être difficilement soutenu qu'il y avait un danger quelconque.

Outre les deux garçons, il y avait deux jeunes femmes dont l'une avec un bébé qu'elle transportait dans une poussette. La poussette ainsi que le sac à main de très petite taille ont été également fouillés par les policiers pour ne rien y trouver évidemment.

Les tracts saisis ont été posés par terre. Un homme, qui passait lui aussi là par hasard, s'est penché pour lire un tract ; il en a été empêché par un policier, non sans une certaine vigueur. Du coup il est parti un peu vite et a été rattrapé par deux agents qui ont procédé à son encontre à une palpation de sécurité, dans l'indifférence générale d'ailleurs.

Nous avons donc demandé à l'un des policiers en civil ce qui se passait et il nous a d'abord répondu que l'on n'avait pas le droit de distribuer des tracts sur la voie publique sans autorisation. Il doit sans doute exister des exceptions…

Puis avec une agressivité rare, il nous a dit de partir, que l'on n'avait rien à faire ici, et que c'était lui qui décidait, sous-entendu de tout. Nous nous sommes autorisées à lui dire qu'il n'avait pas à être agressif. Sur ce, ce même policier nous a dit qu'il n'y avait qu'en France où on gênait la police - je ne vois pas en quoi notre présence passive constituait une quelconque gêne pour une opération qui d'évidence ne comportait aucun risque pour la sécurité de tous. Et il a ajouté : « vous êtes des emmerdeuses ».

Je lui ai alors dit qu'il n'avait pas le droit de nous insulter. En guise de réplique, il a sur un ton à la fois arrogant et agressif mis un terme à cet échange en concluant par un « je vous emmerde ».

Je trouve ce comportement injurieux, inadmissible et choquant, au point où j'ai même songé à porter plainte pour injure. Mais je n'ai pas d'énergie à perdre dans une procédure que je sais vaine par ailleurs, et ce d'autant plus que j'ignore le nom de ce policier « courtois ».

Mais il m'est apparu important en revanche de vous informer de cet épisode, qui me semble révéler un état d'esprit particulièrement délétère. On ne peut dans le même temps parler d'incivilités des jeunes (ou des moins jeunes) et les stigmatiser, et accepter de tels propos de la part de la police. L'agressivité et les propos injurieux ne peuvent que susciter la réplique et l'énervement de ceux qui en sont victimes.

Pour cette raison, le comportement de la police doit être exemplaire. L'agent en civil n'était du reste pas le seul à faire preuve d'agressivité. Je ne parviens pas à en expliquer les causes, au regard de l'opération en question.

Lorsque nous sommes parties, vers 14 h 30, les jeunes étaient toujours retenus et j'ignore ce qu'ils sont devenus.

Je n'ai pas fait savoir à l'agent en civil que j'étais présidente du Gisti et me suis présentée comme une simple citoyenne s'interrogeant sur ce qui se passait. Il en est de même pour l'amie qui m'accompagnait.

Nous envisageons au Gisti de saisir la commission nationale de déontologie de la sécurité et de rendre public cet épisode.

Je vous prie d'agréer, monsieur le ministre, l'expression de mes bien dévoués sentiments.

Nathalie Ferré
Présidente du Gisti

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Dernière mise à jour : 8-06-2005 17:35 .
Cette page : http://www.gisti.org/ doc/actions/2004/nouvel-an/index.html


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