Enquête CCFD, Cimade, Gisti, Saf et SM sur les « réfugiés » de Sangatte

« Inimaginable de renvoyer 80 à 85 % des étrangers en raison de la situation dans leur pays d’origine »

Entretien avec le préfet du Pas-de-Calais (13 octobre)

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En poste dans le Pas-de-Calais depuis 9 mois (soit 3 mois après l’ouverture du camp de Sangatte), le préfet est ancien directeur de la défense et de la sécurité civile.

Sangatte, explique-t-il, a été ouvert, en septembre 1999, dans un contexte de crise au Kosovo, avec ses conséquences en termes de flux migratoires de Kosovars dans la région et de risques pour l’ordre public qui allaient avec. Aujourd’hui, la crise yougoslave est passée. Les arrivants sont des Irakiens, des Iraniens, des Turcs, des Sri-Lankais. Ils arrivent via l’Italie ou la Belgique. L’attractivité de l’Angleterre tient à la facilité avec laquelle on y trouve des petits boulots.

Sangatte s’explique aussi par des réactions xénophobes de la population. Il fallait éviter que les étrangers continuent à errer partout dans la région.

Pour éviter que des drames du genre Douvres se produisent, la surveillance de l’accès au port de Calais a été renforcée. L’accès au tunnel est sous contrôle depuis plus longtemps, même si l’on y a détecté des passages à pied. Par ailleurs, la France doit s’efforcer de respecter la volonté de la Grande-Bretagne de ne pas recevoir les étrangers qui veulent s’y rendre.

De ce fait, la politique actuelle vise à assurer l’« imperméabilisation » de la frontière. On s’y emploie, par exemple, par une détection des passagers clandestins dans les camions à l’aide de recherche du CO².

On passe donc moins facilement en Angleterre. Les étrangers, qui mettaient 3 à 4 jours pour y parvenir, mettent aujourd’hui 3 à 4 semaines. D’où la présence à Sangatte de 800 personnes au lieu de 400 auparavant.

Il est clair qu’on ne fermera pas rapidement la frontière maritime. Il est tout aussi clair qu’on n’annihilera pas les flux d’arrivées à Calais. On n’empêche ni d’entrer en France ni d’en sortir. L’imperméabilité zéro, c’est une illusion. La police aux frontières (la PAF) fait son métier sur 10 à 15 % des étrangers, ceux qui sont reconduisibles. Le centre de rétention de Coquelles, tout neuf et qui va être agrandi, sert à ça. Mais il est inimaginable, en raison de la situation dans leur pays d’origine, de renvoyer chez eux 80 à 85 % des étrangers qui viennent à Calais.

Dans un proche avenir, on va néanmoins implanter dans le camp de Sangatte une antenne de l’OMI (Office des migrations internationales) pour tenter de convaincre certains étrangers de rentrer volontairement chez eux grâce à « l’aide au retour ».

L’étanchéification du port de Calais va déconcentrer les passages et les étaler le long de la côte. Il y en aura à Dieppe, au Havre, puis en Belgique et en Hollande. On verra peut-être un jour des petits bateaux tenter des passages.

Pour les procédures de reconduites à la frontière, l’administration éprouve de réelles difficultés. Compte tenu notamment de l’éclatement géographique des différentes instances impliquées dans le processus (rétention à Coquelles, préfecture à Arras, TGI à Boulogne, TA à Lille, Cour d’appel à Douai), ces procédures mobilisent deux compagnies de CRS (il y en a 5 au total en France, attachées à la PAF) largement occupées par les escortes. Dans l’avenir, si la Chancellerie le décide, le tribunal administratif de Lille pourrait donc organiser des audiences foraines à Boulogne ou à Coquelles ; compte-tenu de la distance (120 km) entre Calais et Arras (préfecture dotée du seul service des étrangers du département), une antenne de ce service devrait ouvrir prochainement à Calais, d’autant qu’il y a création de 30 postes au niveau national pour les préfectures soumises à de nombreuses demandes d’asile et que la préfecture d’Arras devrait bénéficier de 3 fonctionnaires supplémentaires en 2001. En ce qui concerne les interprètes, on disposera rapidement de spécialistes parlant les langues de l’Afghanistan et de l’Iran.

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Dernier ajout : mercredi 17 janvier 2007, 15:39
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