action collective

« Nous sommes tous des délinquants, à Mayotte plus qu’ailleurs »

Dans la loi de Finances 2009, apparait un objectif chiffré d’interpellation « d’aidants », c’est à dire de personnes ayant apporté une aide, quelle qu’elle soit, à un homme ou une femme en situation irrégulière… Pour 2010, cet objectif est de 5 500. Aujourd’hui, en France, il est devenu criminel d’accueillir, d’accompagner, ou seulement d’aider une personne en situation irrégulière…

Le 18 février 2009, à 7h45 du matin, la police frappe à la porte de Monique Pouille, 59 ans, bénévole aux Restos du coeur et à l’association Terre d’errance. Depuis deux ans et demi, cette femme organise les dons de nourriture et d’habits pour les migrants qui errent autour de Calais dans l’espoir de passer en Angleterre. Elle recharge aussi leurs portables. Les policiers lui on dit : « on vient vous chercher pour vous mettre en garde à vue, pour flagrant délit d’aide aux personnes en situation irrégulière ».

Mayotte n’est pas épargnée par ce phénomène. Il y a quelques semaines, plusieurs citoyens ont été jugés et condamnés à de lourdes amendes pour avoir procuré à des Africains demandeurs d’asile un certificat d’hébergement. Des pressions policières et judiciaires sur des militants associatifs ont également été perpétrées, souvent de manière grossière, sans fondement ni début de preuve, et ce dans le but d’intimider ceux qui, par convictions et sans motivation ni pécuniaire ni matérielle, donnent de leur temps pour aider les plus démunis.

Alors demain, quels gestes du quotidien seront punis pour remplir les objectifs du ministère de l’Immigration ? Le consommateur qui achète ses tomates au marché du coin sera-t-il châtié pour avoir « enrichi » les ouvriers agricoles en grande partie « sans-papiers » ? Le médecin qui accepte de soigner un enfant dont les parents sont en situation irrégulière sera-t-il condamné pour avoir sauvé la vie d’un « fils de clandestin » ? Le citoyen qui donne une couche, un bol de riz ou un peu d’huile à son voisin « sans-papiers » sera-t-il poursuivi pour aide au séjour d’un « étranger en situation irrégulière », pour reprendre les termes de l’administration ? Le frère en situation régulière qui héberge sa sœur sans papiers français, la fille qui nourrit son père, seront-ils cloués au pilori de la politique du chiffre ? Et le militant dont l’association a signé une convention avec la préfecture pour venir en aide aux plus démunis : pourra-t-il lui être reproché d’avoir rempli bénévolement sa mission ?

Si tel était le cas, pas un habitant de Mayotte, pas même les hauts responsables administratifs, ne pourrait prétendre à la relaxe devant un tribunal. Car ici plus que partout ailleurs :

  • ceux que l’on appelle les « sans-papiers » et qui habitent pour certains depuis des années sur le territoire, font partie intégrante de notre vie ;
  • ceux que l’on classe parmi les « Africains demandeurs d’asile » et qui n’ont aucun moyen de subsistance en attendant la réponse de l’OFPRA [1], ont besoin d’une aide matérielle et morale que l’Etat refuse de leur apporter.

Nous sommes tous concernés, citoyens de France hexagonale, de Mayotte ou d‘ailleurs, parce qu’avant d’être « sans-papiers » ou « demandeurs d‘asile », ces hommes, ces femmes et ces enfants sont des personnes en difficulté, isolées et démunies - voire des frères et des pères, des sœurs et des mères - et il est de notre devoir de citoyen de les aider dans la dignité et le respect dû à chaque être humain.

C’est pourquoi le Collectif Migrants Mayotte, qui regroupe six associations [2], et la section locale du Secours catholique se déclarent solidaires de l’action nationale menée ce mercredi 8 avril par des milliers de citoyens, qui se présenteront devant les palais de Justice de dizaines de villes pour se constituer prisonniers volontaires - affirmant avoir, un jour, aidé un homme ou une femme sans papiers français en difficulté [3].

Le 8 avril 2009

Organisations signataires :
Collectif Migrants Mayotte (Cimade ; Coordination pour la concorde, la convivialité et la paix ; Gisti ; Médecins du Monde ; Réseau Éducation sans frontières de l’île de Mayotte ; Solidarité Mayotte), Secours Catholique


[1Office français de protection des réfugiés et apatrides.

[2Le Collectif Migrants Mayotte est composé des associations Cimade, CCCP, Gisti, Resfim, Solidarité Mayotte, Médecins du Monde, ainsi que de nombreux travailleurs dans les secteurs social, médical, juridique et enseignant oeuvrant à Mayotte.

[3Pour plus de renseignements sur cette action : www.delinquants-solidaires.org. Organisations signataires : La Cimade, Comede, Emmaüs France, Fasti, Fédération entraide protestante, Fnars, Gisti, Ligue des droits de l’homme, RESF, SAF (Syndicat des avocats de France), Secours catholique, SOS racisme, Uniopss…

Voir notre dossier « Les délits de la solidarité »

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Dernier ajout : mercredi 1er février 2017, 11:55
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