Article extrait du Plein droit n° 80, mars 2009
« Sans papiers, mais pas sans voix »

« À minuit, on a refusé d’être comptés »

Stéphane Lefevre

Militant associatif
L’année 2008 aura été marquée, en France et plus largement en Europe, par un regain des luttes contre l’enfermement des étrangers, en particulier dans les prisons pour étrangers en instance d’expulsion. L’incendie du centre de rétention administrative de Vincennes, le 22 juin, en aura été l’expression la plus spectaculaire, mais ne constitue pas un fait isolé. Il s’inscrit dans le cadre d’une longue mobilisation, tant à l’intérieur des centres qu’à l’extérieur, dans un contexte marqué par l’industrialisation de l’enfermement des étrangers.

Sans revenir sur l’histoire des mobilisations contre les lieux d’enfermement, de la dénonciation de la prison clandestine d’Arenc dans le port de Marseille en 1975 aux actions du Comité anti-expulsion, à la fin des années 1990, en passant par la marche sur le centre de rétention de Vincennes où avaient été enfermés les sans-papiers de Saint-Bernard au soir de l’évacuation de l’église, en août 1996, on peut noter une recrudescence des luttes de détenus depuis au moins 2006 jusqu’à l’incendie de Vincennes.

En décembre 2006, plusieurs détenus de Vincennes se mettent en grève de la faim, à la fois contre leurs conditions de détention et contre l’isolement dans lequel ils sont maintenus dans l’attente de leur expulsion. Le 24 janvier 2007, un bâtiment brûle et ses occupants sont transférés dans d’autres centres. Quatre d’entre eux sont mis en examen. Le mois suivant, ce sont les détenus du centre de Palaiseau qui entament une grève de la faim. En avril, une nouvelle grève de la faim éclate à Vincennes et au Mesnil-Amelot (près de Roissy) pour dénoncer notamment « la transformation du centre de rétention en centre de détention par la présence d’un grand nombre de militaires exerçant des pressions énormes sur les retenus  », selon les termes employés par les retenus eux-mêmes en conclusion de la liste de revendications qu’ils ont transmise à l’extérieur [1]. Des luttes similaires se développent également à l’étranger, en Europe mais aussi en Australie, pays qui semble même avoir inauguré le cycle des années 2000 [2]. En juin 2000, 700 détenus s’échappent en effet des camps de Woomera, Curtin et Port Hedland pour manifester dans les centres-villes. En août, trois bâtiments sont détruits dans une émeute à Woomera. En janvier 2001, les détenus parviennent à prendre le contrôle du camp avant que la police n’intervienne. Le 3 avril, les mutins de Curtin incendient entièrement deux préfabriqués. En novembre, trois bâtiments encore sont incendiés lors d’une nouvelle émeute à Woomera. Pendant une longue grève de la faim, en janvier 2002, 50 détenus se cousent les lèvres et l’un d’eux se jette dans les barbelés du haut d’un grillage. En décembre enfin, une vague d’émeutes et d’incendies ravage cinq des sept centres de rétention.

Pendant ce temps, en Grande-Bretagne, au centre de Yarl’s Wood ouvert en novembre 2001, des grèves de la faim se succèdent et se développent pour déboucher, en février 2002, sur une révolte suivie de durs affrontements et d’un incendie qui détruit la moitié du centre. Puis c’est le centre de Harmondsworth, près de l’aéroport de Heathrow, qui voit se succéder, à partir de mai 2004, grèves de la faim, automutilations et suicides, émeutes, affrontements et tentatives d’incendie, jusqu’à la révolte de novembre 2006 où le centre est détruit par les détenus puis ravagé par le feu. Les détenus de Campfield House enfin prennent le relais de mars 2007 à juin 2008, alternant émeutes et incendies, évasions à la clef. On pourrait égrener bien d’autres luttes, en Italie, en Grèce, en Turquie ou encore en Belgique.

En France, c’est au centre du Mesnil-Amelot que la révolte éclate, en décembre 2007. La lutte commence le 15 décembre : inscriptions sur les T-shirts, cahier de doléances, grève de la faim, refus de regagner les chambres. Le 27, pour casser la lutte, l’administration disperse ceux qu’elle considère comme les meneurs, mais ne contribue qu’à essaimer la révolte. Le jour même, les détenus de Vincennes entament une grève de la faim et refusent à leur tour de réintégrer leurs chambres. Trois nuits de suite, la préfecture envoie les CRS pour mater les mutins. La répression, violente, fait plusieurs blessés. Dès le soir du 31, un feu d’artifice à l’extérieur du centre salue l’action des retenus, première d’une longue série de manifestations qui vont accompagner leur lutte.

À partir du 3 janvier et pendant une semaine jusqu’à l’arrêt de la grève de la faim, des manifestants se rassemblent chaque soir. Le samedi 5, la manifestation rassemble un millier de personnes. Malgré l’arrêt de la grève, les détenus continuent à se réunir et à discuter. À l’extérieur, des militants commencent à appeler régulièrement les retenus aux cabines téléphoniques et à publier leurs propos. Le 19 janvier, dans le cadre d’une journée nationale d’action contre l’enfermement des sans-papiers et pour la fermeture des centres de rétention, la manifestation parisienne, qui rassemble plusieurs milliers de personnes, à l’appel notamment du Réseau éducation sans frontières (RESF) et de Uni(e) s contre une immigration jetable (Ucij), traverse le bois de Vincennes jusqu’au centre de rétention. Pendant les cinq mois qui suivent, les actes de résistance et de révolte s’enchaînent, malgré la répression et les moments de découragement, relayés par la mobilisation des militants qui viennent régulièrement manifester leur solidarité avec les détenus, leur rendent visite et leur téléphonent, publiant les comptes-rendus de leurs entretiens par Internet. D’abord regardée avec circonspection sinon avec méfiance par des associations plus habituées à se faire les interprètes des étrangers en général et des retenus en particulier qu’à s’en faire les porte-voix, cette irruption directe du discours des détenus va finir par imposer sa légitimité dans le débat public, comme la reprise de plus en plus large de ces comptes-rendus en témoigne [3].

C’est dans ce contexte que le décès, le 21 juin 2008, d’un détenu tunisien de Vincennes dans des conditions toujours non élucidées va mettre le feu aux poudres. M. Salem Souli était malade. Hospitalisé deux jours plus tôt au service des urgences médico-légales de l’hôtel-Dieu mais renvoyé au centre la veille, avec ordonnance et médicaments, il avait décidé ce jour-là de faire une sieste et demandé à ses voisins de le réveiller à 15 heures pour l’ouverture de l’infirmerie. Mais les détenus le découvrent sans connaissance, saignant du nez et de la bouche, et donnent immédiatement l’alerte. Tout l’après-midi, les policiers vont repousser violemment les retenus accourus aux nouvelles, leur cachant la mort de M. Souli jusqu’au soir. Dès la confirmation – tardive – du décès, les policiers doivent combattre de premiers départs de feu.

Le lendemain, dans une ambiance tendue, les retenus organisent une prière silencieuse à la mémoire du défunt suivie d’une marche de protestation. L’interpellation et le placement en isolement d’un des détenus provoque la colère de ses camarades et l’intervention des policiers qui dispersent la manifestation, faisant encore monter la pression. C’est alors qu’un premier feu de matelas se déclare dans la cour, tandis qu’une manifestation des détenus se transforme en émeute et que des soutiens se rassemblent à l’extérieur du centre. De nouveaux incendies se déclarent ensuite à l’intérieur des deux bâtiments. En l’espace de deux heures, le centre de rétention part en fumée. Les détenus, d’abord regroupés dans le gymnase, sont ensuite rassemblés dans la cour de l’école de Police, avant d’être transférés dans d’autres centres, au dépôt du palais de justice de Paris, à Palaiseau, à Nîmes, à Lille, et à Rouen.

Mais Vincennes ne sera pas la seule prison pour étrangers à brûler en 2008. En juillet, le centre de Nantes doit fermer après un incendie, et ses occupants sont transférés à Rennes. Le 2 août, c’est au Mesnil-Amelot qu’un incendie se déclare alors que des militants manifestent à l’extérieur. À l’automne, dans le centre de Plaisir, deux détenus sont poursuivis pour avoir mis le feu à leur chambre.

Révoltes en Italie, Bulgarie, Belgique

En janvier 2009, le centre de rétention de Bordeaux, situé au sein du commissariat central de la ville, est mis hors d’état par un incendie. En Italie, révoltes et incendies se succèdent à Milan, Turin, Bari. Même chose à Bustmansi en Bulgarie, ou à Kirklareli en Turquie. En Belgique, après un premier semestre 2008 marqué par plusieurs grèves de la faim, émeutes et tentatives d’incendie dans les centres de Vottem et de Merksplas, deux des trois ailes du centre de Steenokkerzeel partent en fumée le 24 août [4].

Le développement des luttes des étrangers enfermés pour défaut de papiers s’inscrit dans un contexte d’industrialisation de l’enfermement et des expulsions. L’augmentation du nombre de personnes détenues et l’allongement de la durée de leur détention facilitent les actions collectives et provoquent une montée des oppositions qui place certaines associations face à leurs contradictions. Si tous les gouvernements qui se succèdent depuis au moins vingt-cinq ans entendent mener la lutte contre l’immigration irrégulière, présentée comme le pendant nécessaire à l’intégration des étrangers en situation régulière, les mesures prises ces dernières années ont fait la preuve de leur efficacité en termes d’éloignement. L’allongement de la durée légale maximum de maintien en rétention de 12 à 32 jours en 2003, l’augmentation du nombre de places dans les centres de rétention (de 944 en 2004 à 1 691 en 2007 avec une baisse à 1 441 en 2008 du fait de la destruction de Vincennes), la rationalisation de la mise en œuvre de la politique d’immigration en centralisant l’action de toutes les administrations concernées au sein du comité interministériel de contrôle de l’immigration (CICI) en 2005 puis du ministère de l’immigration en 2007, enfin la définition d’objectifs chiffrés, ont permis une augmentation sensible du nombre de mesures d’éloignement réellement exécutées. Ces dernières : arrêtés de reconduite à la frontière, obligations de quitter le territoire français, arrêtés d’expulsion, interdictions judiciaires du territoire, remises aux autorités de l’État voisin quand l’étranger est entré irrégulièrement en France par son territoire sont passées de 9 227 en 2001 à 23 196 en 2007, et étaient de 17 210 au premier semestre 2008 [5].

Le CICI, qui élabore un rapport annuel à destination du Parlement [6], peut ainsi se vanter de résultats flatteurs. Le nombre d’interpellations d’étrangers en situation irrégulière est passé de 45 500 en 2003 à 69 879 en 2007 (42 858 pour le seul premier semestre 2008). Le nombre de placements en centre de rétention adminsitrative est passé, dans la même période, de 28 155 à 35 246 (19 767 au premier semestre 2008). Dans le même temps, la dure de détention a doublé, passant de 5,6 à 10,5 jours en moyenne.

Cette évolution n’a pu rester sans influence sur la nature même de la rétention et sur l’état d’esprit des personnes détenues. De plus en plus de personnes vivant en France depuis de longues années et y ayant ainsi développé des attaches familiales, sociales ou professionnelles se retrouvent enfermées. L’allongement de la durée de rétention n’améliore pas le taux de réussite des expulsions mais traduit le passage d’une logique de mise en œuvre d’une mesure d’éloignement à une logique de dissuasion et de répression et conduit à la transformation des centres de rétention en camps de regroupement.

De nouvelles formes d’action

La situation est dès lors de moins en moins supportable pour les intéressés qui, parallèlement, disposent de beaucoup plus de temps pour discuter, échanger, se mobiliser, s’organiser, bref, analyser leur situation et mettre en place des actions collectives de résistance et de lutte. On le voit avec l’émergence de revendications de moins en moins liées aux seules conditions de rétention. Contestant explicitement le principe même de leur expulsion, les retenus exigent simplement d’être libérés. Conscients des limites des grèves de la faim et des automutilations, ils inventent de nouvelles modalités d’action : refus d’être comptés [7], de réintégrer leur chambre, jusqu’à de véritables mutineries. Plus la rétention ressemble à la détention, plus les luttes des retenus ressemblent à celles des prisonniers.

Cette évolution a également conduit à une montée des oppositions au principe même de la rétention à l’extérieur des centres. Cantonnée jusqu’alors à quelques associations à l’image radicale et à quelques militants, la lutte contre l’enfermement des étrangers s’est élargie, notamment parmi les militants de la cause des sans-papiers, de plus en plus confrontés au placement en rétention des personnes voire des familles qu’ils soutiennent. Ceci est particulièrement net par exemple dans les rangs du RESF, dont les militants sont de plus en plus souvent conduits à intervenir non seulement auprès des préfectures et des tribunaux, mais également dans les centres de rétention voire les aéroports, contribuant à faire connaître la réalité de la rétention et à sensibiliser un auditoire plus vaste que le tissu militant traditionnel. Les rassemblements devant les centres se sont multipliés dans toute la France et ont rassemblé jusqu’à plusieurs milliers de personnes. Des interactions se sont développées entre les retenus, soutenus par les manifestations extérieures de solidarité, et les militants, encouragés par les luttes des retenus.

Le changement le plus notable, bien que contrasté, est peut-être celui de la Cimade, seule association autorisée, depuis 1984, à intervenir à l’intérieur des centres pour y exercer une mission à l’origine d’accompagnement social et psychologique qu’elle transforme peu à peu en mission juridique d’aide à l’exercice des droits [8]. Ce faisant, son discours aussi se modifie. Elle publie depuis 2001 un rapport annuel dans lequel elle procède à une analyse des procédures d’éloignement et à une description des conditions matérielles de détention et des violations des droits dans les centres. Dans ses rapports, la Cimade assume l’utilisation des mots « rafles » et « camps », et hésite de moins en moins à publier des communiqués ou à informer les soutiens extérieurs sur des situations individuelles. Depuis 2006, elle se serait même prononcée solennellement, bien que discrètement, contre le principe de l’enfermement des étrangers, remettant ainsi en cause la légitimité même des centres dans lesquels elle intervient et qui représentent environ la moitié de son budget et de ses salariés.

Les révoltes du désespoir



Le mouvement de révolte qui a éclaté le 18 février dans le centre d’internement pour étrangers surpeuplé de la petite île de Lampedusa, à l’extrême sud de l’Europe, n’est pas seulement dû aux conditions inacceptables dans lesquelles y sont détenus ses occupants.

Il s’inscrit dans un contexte d’instrumentalisation de la question migratoire par un gouvernement italien qui, depuis qu’il est au pouvoir, flatte les réflexes xénophobes d’une partie de la population pour justifier l’adoption de mesures sécuritaires. À Malte, tout comme à Lampedusa, les mauvais traitements dans des centres d’internement surpeuplés sont la règle, comme les durées interminables de détention et le mépris des lois et des conventions relatives aux droits fondamentaux.

Ces manifestations de désespoir sont aussi le fruit de la complicité des pays d’origine et de transit des exilés qui, au nom de la « cogestion » des flux migratoires, monnayent leur collaboration à la politique meurtrière de protection des frontières de l’Union européenne (UE). Après le Maroc ou le Sénégal, c’est aujourd’hui le cas de la Tunisie, qui a signé fin janvier un accord avec l’Italie pour accepter le rapatriement, d’ici le mois de mars, de 500 Tunisiens parmi ceux qui se trouvent à Lampedusa. C’est aussi le cas de la Libye, qui vient de se voir offrir 20 millions d’euros par l’UE pour aider à la lutte contre les migrants en provenance d’Afrique sub-saharienne.

Les événements de Malte et de Lampedusa sont, enfin, le résultat de l’hypocrisie de l’UE, qui assiste sans broncher aux illégalités manifestes, notoires et récurrentes qui sont commises sur son territoire. Comme la sinistre « directive retour », les camps d’étrangers témoignent de l’incapacité de l’Europe à affronter la réalité incontournable de la migration.

Il est plus qu’urgent d’en finir avec les conditions inhumaines de détention de migrants, à Malte, à Lampedusa et dans tous les lieux d’internement où les droits des personnes sont bafoués.

23 février 2009

Voir sur le site de Migreurop les informations sur les camps de rétention de Malte et de Lampedusa et le communiqué ci-dessus dans sa version intégrale

www.migreurop.org/article1401.html

Cependant, elle prend garde à ne pas franchir certaines bornes. Ainsi, après le succès de la manifestation du 19 janvier 2008 et la pérennisation de la lutte des retenus de Vincennes, elle met un veto à toute nouvelle initiative devant le centre, veto qu’aucune autre association ou presque n’osera braver, laissant les militants les plus déterminés assumer seuls la poursuite des rassemblements. Pourtant, l’État n’allait pas tarder à placer la Cimade face à ses contradictions. En août 2008, moins de deux mois après l’incendie de Vincennes, le Premier ministre modifie les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers qui prévoyaient l’intervention en rétention d’une association à compétence nationale. Dans la foulée, le ministre de l’immigration lance un nouvel appel d’offres qui divise le marché de l’assistance juridique en huit lots, interdit les groupements d’associations et impose une obligation de confidentialité et de neutralité.

Il s’agit clairement d’évincer une association devenue un peu trop gênante ou, du moins, de la limiter à la portion congrue. L’annulation de l’appel d’offres, le 30 octobre 2008, par le tribunal administratif de Paris, saisi par plusieurs organisations dont le Gisti, au motif de la pondération insuffisante de la compétence juridique des candidats dans les critères de choix, n’a fait que retarder l’échéance. La présence de la Cimade a été prolongée jusqu’en mai 2009, date à laquelle le nouvel appel d’offres lancé en décembre 2008 devrait avoir permis de choisir ses successeurs. Se demandant si la Cimade a joué au kamikaze en radicalisant son discours, un auteur bien informé constate que l’aggravation de la répression contre les étrangers n’aurait pu que rendre son silence insupportable, et que le cheminement qui conduit maintenant à remettre en cause sa présence dans les centres de rétention était sans doute inévitable, sauf à perdre son âme [9].

Mais l’État ne se borne pas à essayer de museler la Cimade. Il cherche également à criminaliser les retenus qui se révoltent et les militants qui les soutiennent. Huit anciens retenus du centre de Vincennes sont poursuivis pour destruction de biens par l’effet d’incendie et ont été placés en détention provisoire [10].

Logique carcérale

Après que le porte-parole de l’UMP a accusé le RESF, dont des militants participaient au rassemblement devant le centre de Vincennes lorsqu’il a brûlé, d’être responsable de l’incendie, le gouvernement a porté plainte contre l’association SôS Soutien ô Sans-papiers parce qu’elle avait appelé à un rassemblement devant le centre du Mesnil-Amelot le 2 août 2008 et qu’un feu s’y est déclaré le même jour. Déjà, deux militants interpellés en possession de fumigènes et de crève-pneus alors qu’ils se rendaient à la manifestation du 19 janvier 2008 à Vincennes avaient été mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et ont passé six mois en détention provisoire [11]. Puis une circulaire de la chancellerie du 13 juin 2008, invitant les parquets à informer la section antiterroriste du parquet de Paris des actions violentes susceptibles d’être attribuées à la « mouvance anarcho-autonome », citait en exemple les manifestations de soutien aux prisonniers ou aux étrangers en situation irrégulière [12].

Au-delà des mots, si la Cimade, le RESF et d’autres organisations ne réinvestissent pas concrètement le champ de la lutte réelle contre l’enfermement des étrangers et aident ainsi l’État dans son entreprise de margina-lisation des luttes des retenus et des militants qui les soutiennent, ils se rendront complices certes de leur répression, mais surtout de l’aboutissement de la logique carcérale déjà à l’œuvre par la transformation des centres de rétention en véritables prisons pour tenter d’y prévenir les prochaines révoltes. Au risque de perdre et leurs marchés et leur âme.




Notes

[1« Ni prison, ni rétention » in L’Envolée n° 22, février 2008, p. 28 et s.

[2« Beau comme des centres de rétention qui flambent » in À Corps perdus n° 1, décembre 2008, p. 49 et s.

[3Ces textes ont été réunis dans Feu au centre de rétention (janvier-juin 2008, Des sans-papiers témoignent), éd. Libertalia, novembre 2008.

[4« Une lumière dans les ténèbres » in La Cavale n° 14, novembre 2008.

[5Ce chiffre inclut les retours dits « volontaires », négligeables jusqu’en 2005, au nombre de 1 419 en 2006, et en rapide augmentation depuis que l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007 s’est paradoxalement traduite par une pression accrue sur leurs ressortissants, poussés aux retours « humanitaires » (3 311 en 2007 et 6 386 au premier semestre 2008).

[6Tous les chiffres cités sont issus du rapport de décembre 2008 : « Les orientations de la politique de l’immigration », publié par la Documentation française.

[7Voir Feu au centre de rétention, op.cit.

[8« La Cimade virée des centres de rétention ? » in Courant alternatif, décembre 2008, p. 8 et s.

[9Ibid., p. 9.

[10Voir « Les sans-papiers enfermés à Vincennes se sont révoltés. Les inculpés ont maintenant besoin de notre soutien », www.educationsansfrontieres.org/?article17544

[11Voir le site Mauvaises intentions, infokiosques.net/spip.php ?article597

[12Voir « La direction des affaires criminelles voit des terroristes partout », www.syndicat-magistrature.org/spip.php?article724


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Dernier ajout : jeudi 15 décembre 2016, 15:21
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