Douches du secours catholique à Calais, février-mars 2017 : blocages de l’entrée, arrestations, intimidations

Synthèse

Mercredi 8 février : le Secours catholique se fait livrer trois modulaires de douches, pour les personnes à la rue dont les exilé.e.s qui sont présent.e.s, malgré la tentative des autorités de les faire disparaître en détruisant le camp en octobre dernier.
Pour empêcher la livraison, un membre du cabinet de la maire gare sa voiture devant l’entrée avant que la mairie y fasse installer une benne.

Lundi 13 février : le tribunal administratif de Lille condamne la mairie.

Mercredi 15 février : une salariée de l’association, une journaliste de Libération et 7 jeunes sont arrêtés pendant quelques heures : ils se rendaient aux douches.

Mercredi 22 février : 14 personnes sont arrêtées : elles se rendaient aux douches.

Vendredi 24 février : les 25 personnes qui se sont lavées ont dû donner leurs identités pour pouvoir accéder aux douches.

Mardi 28 février : 7 personnes sont arrêtées à la sortie des douches

Mercredi 1 mars : 14 exilés sont arrêtées en se rendant aux douches

Samedis 25 février et 4 mars : rassemblements à la place d’arme de Calais pour un "brin de toilette" public

Lundi 6 mars : un arrêté de la maire de Calais interdit tout rassemblement à la place d’armes. Ces "bains publics" auraient, selon la maire, perturbé la tranquillité des Calaisiens.


Février 2017 : une benne de la mairie contre les douches du secours catholique pour les migrants

TA de Lille, 13 février 2017, réf. n° 17012245
Injonction à la commune de Calais de faire procéder à l’enlèvement de la benne et des autres obstacles placés le 8 février sur la chaussée devant l’accès aux locaux du secours catholique
TA de Lille, réf, 13 février 2017
  • Extraits de la décision

L’avocat du secours catholique "insiste sur le contexte de retour de migrants, depuis les centres d’accueil et d’orientation vers lesquels ils ont été évacués lors du démantèlement de la « jungle » ou primo arrivants, souhaitant passer au Royaume-Uni, qui sont dans des conditions de dénuement extrême ; ces personnes demandent en particulier à pouvoir prendre une douche ; deux cas de gale et un cas d’impétigo ont déjà été recensés ; une réunion a eu lieu le 30 janvier dernier avec le ministre de l’intérieur à ce sujet mais rien n’a été décidé ; [...] dans une telle urgence sanitaire, le secours catholique a pris sur lui de dégager des solutions ; l’urgence est avérée au regard de l’impossibilité pour les engins de secours et les véhicules utilitaires d’accéder à cette partie de la propriété privée du Secours Catholique ; elle est également avérée au regard de la nécessité de secourir les personnes qu’il n’a pas été possible d’orienter vers les structures existantes [...] ; le Secours Catholique doit pallier, pour ces personnes, les insuffisances de l’administration."

L’avocat de la commune de Calais confirme l’objectif : "la commune doit aussi se préoccuper de l’ordre public et de l’intérêt des Calaisiens ; la politique actuelle est de faire fonctionner la solidarité nationale sur l’ensemble du territoire et d’empêcher la formation, à Calais, d’un nouveau « point de fixation »".

"Par un arrêté du 8 février 2017, le maire de Calais a autorisé ses services à occuper le domaine public communal pour poser une benne à matériaux rue de Moscou, du 8 au 24 février 2017. Il résulte de l’instruction que ladite benne a été installée devant l’un des accès desservant des locaux appartenant au Secours Catholique, au 39 rue de Moscou. Il résulte également de l’instruction, et notamment des déclarations faites par le maire de Calais dans la presse, que l’objet de cette installation n’était pas la réalisation, par les services de la commune, de travaux d’entretien de la voie publique, mais d’empêcher l’accès d’un camion transportant une construction modulaire destinée à compléter un dispositif de douches à destination des migrants de retour ou nouvellement présents sur le territoire de la commune, dont le Secours Catholique indique qu’il est mis en place à titre provisoire le temps que des solutions pérennes soient trouvées avec l’Etat et la commune. La mise en place de la benne litigieuse, [...] en empêchant ainsi l’accès de tout véhicule à une partie du terrain dont le Secours Catholique est propriétaire, le maire de Calais a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété".

Presse

15 février 2017 : une journaliste et une salariée du secours catholique interpellées par la PAF

La journaliste de « Libé » et la militante du Secours catholique ont été relâchées par la police aux frontières Calais
Libération.fr, 15 février 2017

Elles avaient été embarquées avec cinq mineurs selon le Secours catholique. Haydée Sabéran, correspondante de Libération à Lille, indique sur Twitter avoir été relâchée par la police aux frontières (PAF) de Calais après avoir été auditionnée en compagnie de Mariam Guerey, membre du Secours catholique, près d’une heure. « Il y a eu méprise sur la personne. Excusez-nous », lui aurait signifié un policier de la PAF. Elle couvre le conflit entre le Secours catholique et la mairie de Calais, qui a tenté de bloquer l’accès à des douches aux migrants de Calais (voir ce tweet publié cet après-midi) et s’est vue déboutée par la justice.

Calais : une salariée du Secours catholique et une journaliste brièvement arrêtées par la police aux frontières. Elles ont été libérées, tout comme les migrants mineurs qui se trouvaient avec elles
France TV info, 15 février 2017

Elle emmenait se doucher plusieurs jeunes migrants de Calais, âgés de 15 à 18 ans. Une salariée du Secours catholique et Haydée Sabéran, journaliste à Libération, ont été brièvement arrêtées par la police aux frontières (PAF), ont indiqué le Secours catholique et la journaliste dans plusieurs tweets, mercredi 15 février. Haydée Sabéran était sur place pour couvrir le conflit qui oppose en ce moment l’association caritative et la mairie de la ville, à propos de l’installation de douches supplémentaires destinées aux migrants, a précisé le quotidien.

Selon Didier Degrémont, président du Secours catholique 62, interrogé par franceinfo, les policiers ont embarqué les deux femmes et les mineurs qui se trouvaient avec elles. "Nous souhaitions continuer à donner des douches à des mineurs dans le local de notre association. Mais un fourgon de CRS était posté non loin de l’entrée", explique-t-il, en précisant que les forces de l’ordre sont intervenues dès que la salariée est arrivée avec sa camionnette. "Il y avait quatre fourgons de CRS. Vous voyez un peu la démesure !"

Pour Didier Degrémont, l’affaire illustre bien la "mise en place d’un système répressif" autour de la question des migrants à Calais. "C’est une opération d’intimidation pour empêcher que l’on donne des douches aux gamins. C’est très problématique et très lourd pour nous", déplore le président de l’association, décrivant un climat tendu depuis quelque temps.

"Nos actions ont toujours dérangé la mairie, qui est totalement dans le déni de la présence de migrants", souligne Didier Degrémont. Mais, pour lui, l’arrestation temporaire de sa salariée, des migrants et de la journaliste constitue un nouveau pas. "Cela n’a jamais été de cette nature."


25 février et 4 mars 2017 : « Bain public" à Calais
Sortir en peignoir et faire sa toilette dans les rues de Calais pour protester contre le fait que des hommes et des femmes sont empêché.e.s d’avoir accès à cet acte d’hygiène élémentaire qui est de se laver
Puisqu’il est malvenu de se laver dans un espace privé, peut-être est-il préférable de se laver dans l’espace public ?

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Dernier ajout : mardi 7 mars 2017, 13:56
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