Article extrait du Plein droit n° 139, décembre 2023
« Racismes »

Racisme : quand la question fait l’opinion

Alain Morice

Urmis (CNRS-Université Paris Cité), Migreurop
Il y a presque trente ans, ici même, l’auteur évoquait le sondage annuel de la CNCDH « Les Français et la lutte contre le racisme », le suspectant de distiller le racisme dans l’opinion publique « française », plutôt qu’il ne le mesurait (telle était l’intention officielle) [1]. Qu’en est-il de cette « opinion » aujourd’hui, par quels mécanismes peut-on être amené à conforter ce que l’on prétend combattre, quelle problématique du racisme se cache-t-elle dans les questions que l’on pose et se pose ?

Lors de son meeting de rentrée en septembre 2012, la présidente du Front national (devenu Rassemblement national [RN]) opposait la « France des oubliés » à l’immigration. Cela se passait à Brachay (Haute-Marne) où, quelques mois plus tôt, elle avait obtenu 31 votes à l’élection présidentielle, soit 72 % des suffrages. Interviewé plus tard, le maire de cette localité déclarait : « L’immigration, on ne va pas tourner autour du pot, c’est le problème. Je ne suis pas raciste, les étrangers, on en a eu besoin [après-guerre] mais… » Combien d’étrangers à Brachay ? Aucun. Enfin, « juste un Hollandais qui a racheté l’ancien couvent [2] ». Alors où est « le problème », précisément en ce lieu où il ne paraît faire écho à aucun vécu ? Voilà qui invite à se demander d’où vient le postulat xénophobe, par quels canaux il circule et comment il finit par s’ériger en « opinion publique ». Une opinion dont la genèse est mystérieuse, si bien que même ses sondeurs attitrés – à la voix desquels nous accorderons peu de gré, tellement leurs sondages font partie dudit problème – n’arrivent pas à cerner l’ampleur de ses préoccupations [3].

« Les Français nous demandent… »

Pierre Bourdieu le résumait ainsi : « On sait que tout exercice de la force s’accompagne d’un discours visant à légitimer la force de celui qui l’exerce. […] Bref, pour parler simplement, l’homme politique est celui qui dit : “Dieu est avec nous”. L’équivalent de “Dieu est avec nous”, c’est aujourd’hui “l’opinion publique est avec nous” [4] ».

De fait, écoutons l’homme politique : « Les Français nous le disent dans tous les sondages : il y a trop d’immigrés », affirme l’un ; « les Français doivent pouvoir choisir, qui ils accueillent, qui ils ne souhaitent pas accueillir, et qui n’a plus sa place sur notre territoire », renchérit son ami et rival ; « sur l’immigration, comme les Français nous le demandent, nous soutiendrons une loi radicale : mieux accueillir et intégrer ceux qui travaillent, mais aussi, faciliter les reconduites de ceux qui n’ont pas vocation à rester en France », les rassure un proche de la présidence [5], sans doute grand connaisseur des préférences populaires puisqu’il déclarait en 2018 que l’« immense majorité » des sans-abris dorment dans la rue « par choix ».

Vox populi, vox dei, l’affaire est entendue : nous, politiques, ne faisons que répondre aux exigences venues d’en bas. Les enquêtes d’opinion leur fournissent un matériau précieux, qui s’ajoute à l’invocation de l’électeur de base (« Moi qui suis sur le terrain, je peux vous le dire : les Français veulent etc. »).

Pour s’appuyer sur cette sacro-sainte référence à l’opinion, le personnel politique, ses savants patentés et leurs relais médiatiques disposent de deux grandes sources : les résultats électoraux et les sondages – à quoi il faudrait ajouter les manifestations populaires, sans oublier toutefois que leur traitement idéologique passe par le filtre des médias. Ce dispositif complexe peut être vu comme le lieu d’un constant aller et retour démocratique, posant les bases d’un consensus entre les électeurs et la classe dirigeante ; et, pourquoi pas, au sein de cette dernière – un vieux rêve de ceux que berce le projet d’une politique migratoire qui mette d’accord gauche et droite [6]. L’interprétation peut aussi renvoyer à la dissymétrie des rapports entre les protagonistes. En matière d’immigration tout particulièrement, reprenons l’hypothèse qu’une opinion publique supposément hostile ne naît pas de nulle part et qu’elle est maintes fois « chauffée à blanc » [7] depuis les municipales de Dreux en 1983 par des politiciens engagés – toutes tendances confondues – dans le cycle infernal de la surenchère électorale, où le prétexte du racisme populaire latent est chose bien commode.

Cette conjecture nous introduit de plain-pied dans le thème de la production du racisme. À ce stade, stricto sensu, il est plutôt question de xénophobie. Mais le racisme n’est jamais loin et l’on sait que le rejet des étrangers ne s’exerce pas indistinctement, au moins selon les nationalités, sinon selon des critères « ethnico-culturels » ou sociaux plus ou moins avouables, où les caractères phénotypiques, voire la présupposition d’une hérédité des caractères, jouent un rôle important. Et que ce racisme semble assez directement corrélé avec les décisions et déclarations publiques. Mal perçus, ceux et celles qui ont fui le Chili en 1973, le Vietnam puis le Cambodge après 1975, l’Ukraine depuis 2022 ? Non. Mais déjà, devant la figure du réfugié, surgit, en miroir, celle du « migrant », menaçante puisque dotée d’intentions maléfiques (occuper « nos » emplois, profiter de « notre » welfare, « nous » imposer sa religion et ses mœurs). La peur obsédante du métissage aidant, intervient alors activement l’habituelle panoplie de l’idéologie raciste : dénigrement, généralisation, exagération, fantasmes et divagations.

Nous nous attarderons ici sur les sondages d’opinion qui recourent au procédé discutable de s’abriter derrière la louable intention de mieux connaître le racisme – sous-entendu pour mieux le combattre – tout en se servant de ses formulations pour interroger les quidams. Ainsi, Annie Ernaux remarquait qu’« on a vu apparaître des sondages, dans les médias, posant des questions comme “est-ce qu’il y a trop d’immigrés ?”La poser, c’est le penser [8] » – sans paraître savoir que ce type d’enquête existe depuis 50 ans [9].

De quoi parle-t-on ? Deux conceptions du racisme se font face. La première en fait la manifestation d’un complexe de supériorité (étroitement associé, sous sa forme moderne, à la division du monde en empires) et, ainsi, un levier des rapports d’oppression. De là, on cherche à comprendre comment il se reproduit, par quels moyens il essaime, avec quels succès (ou non) il emporte l’adhésion et se traduit dans la pratique, au-delà des habituelles protestations du type « je ne suis pas raciste ». Cette première approche ne fait pas la part belle aux paroles, qu’elle n’étudie qu’en les confrontant aux actes. Elle ne s’intéresse guère aux estimations fallacieuses : que nous importe-t-il d’apprendre que 80 % de personnes interrogées trouvent inadmissible qu’on refuse un logement, un emploi, un accueil bienveillant dans un commissariat ou l’entrée dans une discothèque au seul motif de la nationalité ou du look, si l’expérience vivante et quotidienne nous dit le contraire ?

Un savant processus d’inversion

La deuxième conception considère le racisme comme un mauvais préjugé, qui traduit chez les individus une crainte de l’Autre, ou le besoin de trouver un exutoire à leurs malheurs, un bouc émissaire – le locuteur étant, il va de soi, au-dessus de tout cela. On entend alors souvent dire qu’il vient de leur ignorance et que le combattre est une affaire d’éducation. C’est une manière assez grossière à la fois d’envisager le racisme comme quelque chose d’accidentel plutôt que dans ses liens organiques avec le pouvoir, et ainsi de l’en dédouaner. Une opération annuelle se donne – ô combien pesamment – pour un modèle du genre [10]. Y figure ce lieu commun des enquêtes par questionnaire qui, sans jamais se demander si ce n’est pas un résultat obtenu par construction, posent ce diagnostic : le racisme est l’apanage des gens peu instruits appartenant aux classes populaires. Une vérité qui irait de soi : « Bien sûr on retrouve un phénomène classique des études sur les préjugés : plus on est diplômé, moins on est xénophobe [11] » et, nous disent des politologues, sur l’« échelle d’ethnocentrisme » les profils avec « les scores les plus élevés » – admirons en passant la métaphore sportive – « se caractérisent par un âge élevé, un faible niveau d’instruction et d’ouverture sur le monde, des petits revenus, une appartenance ouvrière. Ils se situent politiquement à droite, sont plus souvent proches du RN et électeurs de Marine Le Pen [12] ».

Certes, aura-t-on pris soin de préciser, « en chacun de nous coexistent des dispositions à l’ouverture aux autres et à la fermeture. La domination des unes sur les autres dépend du contexte, et particulièrement de la manière dont les élites politiques, médiatiques et sociales parlent et racontent l’immigration et la diversité [13] ». Mais ce relativisme de façade, où sont mis sur le même plan « chacun de nous » et les « élites », vient étrangement de la plume desdites « élites » (qui ne se rangent certainement pas parmi ce « nous »), juges et parties dans l’édification de cet écran derrière lequel se cache la vraie production du racisme. Celle-ci a peut-être davantage à voir avec la question de l’« ouverture » et de la « fermeture » des frontières aux étrangers, qu’avec celle de l’« ouverture » et de la « fermeture » de nos esprits. Et donc avec les politiques d’État dont, à mots couverts, la citation ci-dessus admet l’hypothèse d’une responsabilité.

Le même rapport évoque d’ailleurs, dans un autre chapitre consacré au racisme anti-Noirs [14], trois événements restés dans les mémoires, tous trois impliquant un président de la république : Jacques Chirac à Orléans, le 19 septembre 1991, avec sa sortie sur « le bruit et l’odeur » supposément émis par les familles nombreuses d’étrangers « vivant sur » les allocations familiales ; Nicolas Sarkozy déclarant à Dakar le 26 juillet 2007 que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ; Emmanuel Macron fustigeant, le 26 septembre 2018 à New York, la fécondité « des femmes africaines » en ces termes : « […] Présentez-moi la dame qui a décidé, étant parfaitement instruite, d’avoir sept, huit, neuf enfants. »

Dans un registre analogue, on se souvient du « discours de Grenoble » du 30 juillet 2010, au cours duquel le président Sarkozy mêlait dans une condamnation unique « gens du voyage », Roms d’origine européenne, immigration et délinquance, et préconisait pour certains la possibilité, comme au temps de Pétain, d’une déchéance de leur nationalité – une idée qui sera reprise par son successeur, François Hollande, à propos des terroristes. Lors d’un meeting de protestation, le 11 septembre 2010, Jacques Rancière développe un thème qui lui est cher : celui du racisme qui diffuse, précisément, à partir des élites, et qu’il nommait autrefois « racisme froid [15] ». Le philosophe s’oppose à ce qu’on interprète les mesures anti-musulmans et anti-Roms comme le résultat d’une « attitude opportuniste visant à exploiter les thèmes racistes et xénophobes à des fins électoralistes » et précise : « Cette prétendue critique reconduit ainsi la présupposition qui fait du racisme une passion populaire, la réaction apeurée et irrationnelle de couches rétrogrades de la population. […] L’État […] est par là conforté dans sa position de représentant de la rationalité face à l’irrationalité populaire. » Il conclut, faisant allusion aux faits d’armes de l’universalisme anti-communautariste : « Beaucoup d’énergie a été dépensée contre une certaine figure du racisme [celui des « petits Blancs »]. Une bonne part de cette énergie a été récupérée pour construire la légitimité d’une nouvelle forme de racisme : racisme d’État et racisme intellectuel “de gauche”. » Ces propos, bien trop actuels si l’on pense aux déchaînements de haine répétés qui frappent les usages vestimentaires en cours chez certaines minorités, rejoignent ceux de Sylvain Laurens quand il notait que, déjà dans les années 1970, « cette faculté des fonctionnaires-gouvernants à se muer en ventriloques du populaire peut les conduire à aller très loin dans la verbalisation de propos racistes [16] ».

La tolérance, une vertu paradoxale

C’est ainsi que les gouvernants peuvent prétendre agir « au nom du “peuple” – acteur n’existant le plus souvent qu’à l’état de sujet parlé [17] ». Pourquoi ne pas aller plus loin : la vraie responsabilité du racisme n’incombe-t-elle pas à la personne qui en est l’objet ? En tant qu’elle a fait intrusion dans une société qui n’est pas la sienne, dont elle ignore les codes, sa seule présence n’est-elle pas cause permanente de réflexes racistes, et le rôle de l’État n’est-il pas alors de réguler l’immigration ? Pour le bien de tous, évidemment. « Les victimes seraient elles-mêmes la cause du racisme qu’elles subissent ! Cette explication raciste du racisme n’a rien perdu de sa vigueur aujourd’hui, sous diverses formes [18] ». De fait, à coup presque sûr, validés ou non par des chercheurs, les sondages comportent une question sur l’idée que « ce sont avant tout les personnes d’origine étrangère qui ne se donnent pas les moyens de s’intégrer. » D’où l’idée d’un « seuil de tolérance », expression un peu discréditée [19] mais qui a su survivre sous un avatar, comme nous le verrons à l’instant. Subtilement ainsi, la vision subjectiviste du racisme, loin de se référer à des principes juridiques tels que le respect de la personne, de ses droits ou de l’égalité de traitement, fait appel à des pratiques de « bonne politique », comme l’hospitalité, ou à des vertus morales, au premier rang desquelles nous rencontrons, omniprésente, la tolérance.

En construisant l’« indice de tolérance » qui « mesure les préjugés racistes », l’étude déjà citée [20] n’a peut-être pas pensé que le seul usage « scientifique » de cette notion alimente le racisme : on ne tolère que le mal – sinon, on aime, ou on ignore. En convoquant l’idée de tolérance pour parler de l’attitude envers les étrangers, on conforte l’idée que l’étranger, c’est le mal. Procès d’intention ? Voire. Histoire de bien mettre l’interviewé dans l’ambiance, le même sondage commence par cette question quasi clinique sur « vos principales craintes pour la société française » ; et d’énumérer un choix de 14 items parmi lesquels : la pollution, la pauvreté, le chômage, la corruption, l’intégrisme religieux, le terrorisme, l’immigration bien sûr et, qui l’eût cru ? … le racisme [21]. Voilà l’étranger en bonne compagnie.

Leonardo Sciascia décrivait le processus par lequel, naguère, les aveux des hérétiques parvenaient aux inquisiteurs, avant de se retourner contre eux et contre d’autres : « Recueillies dans la tradition populaire et dans le délire de quelques-uns, ces croyances étaient cataloguées et décrites avec soin par de doctes religieux, elles passaient par les prédicateurs et retournaient au peuple authentifiées, certifiées : et ainsi elles se répandaient encore davantage. Une perverse et douloureuse circularité [22] ». Sans comparer l’invocation de l’opinion raciste aux procès en sorcellerie de jadis, notons que dans les deux cas, nous sommes loin de la pensée rationnelle. « La science, disait Gaston Bachelard, s’oppose absolument à l’opinion. L’opinion pense mal. Elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. [...]. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire [23] ».




Notes

[2« Brachay, Front de terroir », Libération, 20 mars 2013.

[3En guise d’exemple, à l’approche de la présidentielle de mars 2022, « 72 % des personnes interrogées considèrent que “l’immigration n’est pas la principale cause de tous les problèmes ou presque en France” », tandis qu’« à la question “D’une manière générale, diriez-vous que l’immigration est un sujet qui vous inquiète ?”, 71 % des sondés répondent par l’affirmative en ce qui concerne la France et 57 % disent être inquiets pour eux-mêmes. », France Info, 17 mars 2022 (Sondage Ipsos-Sopra-Steria pour France Télévisions).

[4« L’opinion publique n’existe pas », Les Temps modernes, n° 318, 1973.

[5Respectivement Bruno Retailleau cité in La Matinale du Monde, 21 mai 2023 ; Éric Ciotti, Ibid. ; Sylvain Maillard, France Info, 27 juillet 2023. L’étrange expression « [avoir] vocation à [quitter le territoire] » fut lancée par le premier ministre socialiste Lionel Jospin en novembre 1997 pour désigner les laissés-pour-compte de la campagne de régularisations (France Info, 24 novembre 1997).

[6« Patrick Weil défend son approche “consensuelle de l’immigration », Le Monde, 29 novembre 2002.

[7Expression reprise de Jean-Claude Icart et Micheline Labelle, « Tolérance, racisme et sondages », Éthique publique, vol. 9, 2007. Cet article traite des conséquences délétères d’un sondage sur les « accommodements raisonnables » au Québec en janvier 2007, qui enflamma la province sur le thème « devons-nous courber l’échine devant le “communautarisme” ? ».

[8Libération, 7 mars 2022.

[9Voir Alain Girard et al., « Attitudes des Français à l’égard de l’immigration étrangère. Nouvelle enquête d’opinion », Population, vol. 29, 1974.

[10Nonna Mayer, Guy Michelat, Vincent Tiberj, Tommaso Vitale, « Le regard des chercheurs » in CNCDH, La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (année 2019), 2020, p. 33-121. Le rapport de la CNCDH et son enquête sont remis annuellement depuis 1989 au Service d’information du gouvernement (SIG), et font appel conjointement à une équipe de politologues et un institut de sondage (actuellement l’Ipsos, jadis Louis Harris) spécialisé, entre autres, dans les études de marketing : l’indépendance des chercheurs n’y saute pas aux yeux.

[11Ibid., p. 52.

[12Ibid., p. 83.

[13Ibid., p. 46.

[14Ibid., p. 123-143.

[15« Le racisme, une passion d’en haut », Mediapart, 14 septembre 2010.

[17Ibid., p. 12.

[18Élise Palomares, « Itinéraire du credo de la “mixité sociale” », Projet, n° 307, 2008.

[19Voir Véronique De Rudder, « La tolérance s’arrête au seuil », Pluriel-Débat, n° 21, 1980 ; Alain Morice, « Du seuil de tolérance au racisme banal, ou les avatars de l’opinion fabriquée », Journal des anthropologues, n° 110-111, 2007.

[20CNCDH, Ibid., p. 10.

[21Ibid., p. 339.

[22La sorcière et le capitaine, Fayard, 1987, p. 70.

[23La formation de l’esprit scientifique, Librairie philosophique Vrin, 1999 [1938].


Article extrait du n°139

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Dernier ajout : mardi 5 mars 2024, 12:38
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