Article extrait du Plein droit n° 31, avril 1996
« A la sueur de leur front »

Les étrangers dans le monde du travail

Source : Les étrangers en France. Insee, Contours et caractères, mai 1994.

I – Taux d’activité des étrangers

Selon une enquête de 1992, le nombre d’étrangers actifs s’élève à 1 518 000 personnes, soit 6,1 % de l’ensemble des actifs. Ce pourcentage est proche de la part des étrangers dans la population totale : 6 %.

Globalement, si le taux d’activité des hommes étrangers est plus élevé que celui des Français, ceci ne se vérifie qu’après 50 ans et surtout au-delà de 60 ans (13 % d’actifs chez les étrangers, contre 7,8 % chez les Français).

Le taux d’activité des femmes étrangères est plus faible que celui des Françaises sauf, là encore, après 60 ans (6,5 % pour les étrangères contre 4,6 % pour les Françaises).

Le taux d’activité varie aussi suivant la nationalité.

Chez les hommes, les taux d’activité les plus élevés s’observent chez les Portugais, les Maghrébins, les Turcs et les ressortissants d’Afrique noire.

Chez les femmes, les ressortissantes de l’Union européenne sont plus souvent actives que les femmes des autres pays et, parmi elles, les Portugaises sont sur-représentées (constituant 22 % de la population féminine étrangère, elles forment 33,5 % des actives étrangères). À l’opposé, les Maghrébines qui représentent un tiers des étrangères (33,1 %), représentent moins du quart des femmes actives étrangères (24,4 %).

Actifs : personnes ayant un emploi ou à la recherche d’un emploi

Nombre d’actifs et taux d’activité par sexe en 1992

Sexe Ensemble Français Étrangers
  Actifs Taux Actifs Taux Actifs Taux
Hommes 13 881 63,6 12 866 63,2 1 015 69,1
Femmes 10 945 46,4 10 442 46,8 502 39,7
Ensemble 24 826 54,6 23 308 54,6 1 518 55,5
Source : Insee, enquête sur l’emploi 1992.

II – Groupes sociaux et secteurs d’activité

Selon le recensement de 1990, 1 620 000 actifs étrangers ont été dénombrés. Parmi eux, 938 000, soit 58 %, sont ouvriers. Si l’on ajoute les personnels des services directs aux particuliers, ce taux atteint 67 % de la population active étrangère, pourcentage malgré tout en baisse de 10 points par rapport à 1982.

Cette polarisation est plus forte chez les hommes (73 %) que chez les femmes (53 %). À titre de comparaison, chez les Français cette proportion est de 28 %.

On observe donc une sur-représentation des étrangers dans cette catégorie : ils constituent 12 % des ouvriers et employés des services directs aux particuliers, alors qu’ils ne représentent que 6,4 % de la population active.

Globalement, les étrangers sont moins qualifiés que les Français.

En 1986 :

  • la proportion de cadres parmi les hommes salariés est de 15 % chez les Français et de 3,4 % chez les étrangers.
  • à l’inverse, 15 % des Français sont ouvriers non qualifiés contre 32 % des étrangers.
  • 25% des Françaises sont ouvrières sans qualification contre 60 % des étrangères.

Ces pourcentages varient suivant l’origine géographique. La majorité des cadres étrangers sont originaires des pays d’Europe du nord. Inversement, près de la moitié des hommes originaires d’Afrique ou d’Asie sont ouvriers non qualifiés.

Entre 1982 et 1990, la population étrangère ayant un emploi est passée de 1 346 000 à 1 304 000. Dans le même temps, le nombre de chômeurs est passé de 220 000 à 316 000.

Le déplacement massif de la main-d’œuvre de l’industrie vers les services a été particulièrement visible chez les actifs étrangers : en 1982, 34 % d’entre eux travaillaient dans l’industrie et 23 % dans le bâtiment ; de 1982 à 1990, le nombre d’actifs étrangers employés dans le secteur secondaire a diminué de 20 %, recul nettement plus important que chez les Français (- 7 %).

Répartition des salariés par niveau de qualification en 1986 (en%)

Nationalité Cadre Technicien Maîtrise Employé Ouv. qualif. Ouv. non qualif. Eff. total (milliers)
Hommes  
Français 14,9 11,8 10,0 10,1 37,9 15,3 4 106,5
Étrangers 3,4 1,8 3,0 4,2 55,2 32,4 393,2
Ensemble 13,9 10,9 9,4 9,6 39,4 16,8 4 499,7
Femmes  
Françaises 5,9 8,8 5,8 44,4 10,1 25,0 1 824,7
Étrangères 2,6 2,0 1,6 18,0 15,8 60,0 65,5
Ensemble 5,7 8,6 5,7 43,5 10,3 26,2 1 890,2
Source : Insee, enquête sur la structure des salaires, 1986.

III – Chômage

> Les jeunes étrangers sont nettement plus exposés au chômage que les Français :

  • chez les jeunes actifs français (15-24 ans) : 2 sur 10 recherchent un emploi ;
  • chez les jeunes étrangers, ils sont 3 sur 10.

On observe cependant des variations suivant la nationalité :

  • chez les jeunes de l’Union européenne, le taux de chômage est inférieur à la moyenne des jeunes de moins de 25 ans ;
  • chez les jeunes Africains, le taux est nettement supérieur. Chez les Maghrébins, 1 sur 2 recherche un emploi.

> Dans la tranche d’âge 25-49 ans, on constate la même différence : le taux de chômage des étrangers est deux fois plus élevé que celui des Français (17 % contre 8,5 %).

> Le chômage frappe également beaucoup les femmes :

  • chez les Françaises, le taux de chômage est de 12,2 % (contre 7,3 % chez les hommes) ;
  • chez les étrangères, ce taux est de 25,3 %. Les plus touchées sont les Africaines et les Maghrébines, particulièrement les Tunisiennes (50,9 %). Globalement, le taux de chômage des femmes actives étrangères hors Union européenne est supérieur à 35 %. Ceci s’explique en partie par le fait que les femmes étrangères sont souvent ouvrières non qualifiées, catégorie particulièrement touchée par le chômage.

> L’aggravation du chômage est particulièrement sensible chez les Maghrébins : de 1980 à 1992, le taux de chômage est passé de 13 % à 30 %.

Taux de chômage par sexe et âge selon la nationalité en 1992

  Groupes d’âge Sexe
  Ens. 15 à 24 ans 25 à 49 ans 50 et plus H F
Français 9,5 20,3 8,5 6,9 7,3 12,2
 - de naissance 9,4 20,1 8,4 6,7 7,3 12,1
 - par acquisition 13,8 31,3 11,7 13,6 10,7 17,8
Étrangers 18,6 29,8 17,0 18,3 15,3 25,3
Union européenne dont : 9,7 16,4 8,2 11,0 7,6 13,2
 - Portugais 8,7 15,4 7,3 9,1 6,3 12,4
Africains 29,3 50,1 27,2 27,2 24,5 43,3
 - Maghrébins 29,6 50,6 27,3 27,5 25,2 42,8
 — Algériens 29,2 44,6 28,2 28,2 26,3 38,4
 — Marocains 28,2 49,4 24,8 24,6 27,0 45,7
 — Tunisiens 33,8 69,2 30,3 30,7 28,7 50,9
Ensemble 10,1 20,8 9,0 7,6 7,9 12,8
Source : Insee, enquête sur l’emploi, 1992.



Article extrait du n°31

[retour en haut de page]

Dernier ajout : jeudi 28 août 2014, 18:56
URL de cette page : https://www.gisti.org/spip.php?article3699