Article extrait du Plein droit n° 12, novembre 1990
« Le droit de vivre en famille »

Des aides au départ suspectes

De même qu’il existe une procédure de regroupement familial pour les étrangers, il en existe également une pour les originaires des DOM. Il ne s’agit pas, bien entendu, de permettre ou de refuser à des familles de venir s’installer en France. Le but de la procédure mise en place par l’ANT, Association nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer [1] qui joue le rôle de l’OMI pour les DOM, est d’attribuer des aides financières diverses aux familles souhaitant être regroupées en France métropolitaine : tarifs réduits sur les billets d’avion et prêts d’installation en métropole.

Les conditions requises pour bénéficier de ces aides sont de disposer d’un logement convenable et d’avoir un emploi ou une situation financière stable. L’enquête sociale est assurée par les services de l’ANT.

Malheureusement, une fois que l’aide a été attribuée et que la famille est arrivée en France, aucun suivi n’est prévu pour faciliter l’insertion de ces familles dans la société d’accueil, les contacts avec l’ANT se limitant bien souvent au remboursement du prêt. Or, les services sociaux constatent, du moins en région parisienne, que les difficultés des familles des Domiens sont tout à fait identiques à celles que rencontrent tous les immigrés en France.

Quel est donc le véritable but poursuivi à travers ces aides ?

On peut difficilement parler d’une politique de regroupement des familles car celle-ci supposerait toute une réflexion sur les conséquences, pour les sociétés d’origine et pour les familles elles-mêmes, de ces transplantations sans préparation et sans mesures d’accompagnement dans une société souvent hostile.

On peut davantage y voir une de ces nombreuses incitations à l’émigration mises en place par les gouvernements successifs, dans le but de résorber les problèmes économiques locaux. Ces mesures, mises en parallèle avec les pratiques décrites plus haut [2], permettent de mieux comprendre la politique de population qui peu à peu s’instaure : déstabilisation des Caribéens, aides au départ pour les Domiens avec, en parallèle, nombreuses incitations à l’installation pour les Européens.


Combien sont-ils ?

Entre 1975 et 1982, le nombre de Domiens vivant en famille en France a presque doublé. Le renforcement de leur vie familiale a contribué à ce qu’ils y fassent souche. En mars 1982, 72 % des enfants des familles dont au moins un parent est né dans les Dom-Tom, sont nés en métropole.

L’évaluation quantitative de cette immigration — comme la description de ses caractéristiques — doit, pour être rigoureuse, respecter les distinctions précédentes entre « nés » et « originaires ».

En mars 1982, la population des personnes nées dans les Dom-Tom et résidant en métropole s’élève à 282 300 personnes. À la même date, la population des originaires des Dom-Tom, c’est-à-dire y compris les « enfants des familles » nés en métropole, s’élève, elle, à 402 000 personnes. Évolution démographique des populations nées dans les DOM recensées en métropole

1975 1982 1975/1968 1982/1975
Ensemble DOM, dont : 156 725 269 112 + 90,0 + 71,7
Guadeloupe 53 200 87 024 + 101,9 + 63,6
Martinique 62 265 95 704 + 78,8 + 53,7
Guyane 6 275 95 704 + 43,1 + 57,8
Réunion 34 985 75 724 + 111,0 + 116,0

Évolution de la structure par âge des populations nées dans les Dom-Tom et recensées en métropole en 1962 et 1982

1962 1982
Effectifs % Effectifs %
0-14 ans 7 320 13,2 38 680 13,7
15-24 ans 12 640 22,9 66 586 23,2
25-34 ans 12 820 23,2 93 464 33,1
35-64 ans 18 040 32,6 73 384 26,0
65 ans ou + 4 460 8,1 10 204 3,6

Source : « Les populations des Dom-Tom en France », par Claude-Valentin Marie, in Hommes et Migrations, n° 1090, 15 mars 1986.




Notes

[1cf. l’article « A quoi sert l’ANT ? », Plein droit, n°11

[2cf. l’article « Sans famille »


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Dernier ajout : mardi 13 mai 2014, 16:33
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