Article extrait du Plein droit n° 11, juin 1990
« Travail au noir ? Travail clandestin ? Travail illégal ? »

À quoi sert l’ANT ?

L’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer (ANT), créée en 1982, a fait suite au Bureau des migrations intéressant les départements d’outre-mer (BUMIDOM). C’est une institution au service de la promotion et de l’insertion sociales des originaires des DOM vivant en métropole.

Ses grands secteurs d’activité sont : la formation professionnelle, l’action sociale, le logement, les voyages à tarif réduit et les activités culturelles et associatives.

En 1989, l’Agence a fait l’objet d’un contrôle par l’Inspection générale des Affaires sociales (IGAS) et des constats d’insuffisance ont été relevés dans plusieurs domaines, en particulier dans celui de l’insertion :

– D’une part, « les instruments d’action de l’ANT restent trop marqués […] par une approche en terme d’assistance sociale. L’ANT prolonge ainsi […] la politique de transferts sociaux conduite par la métropole au profit des DOM-TOM, sans opérer le départage nécessaire entre problèmes sociaux et recherche de l’accès à l’emploi ».

Par exemple, il a été observé que l’ANT ne dispose pas de moyens suffisants pour « déterminer les possibilités de formation à partir d’une bonne connaissance du marché du travail », et que, concernant les conventions de formation, le suivi des stagiaires est insuffisant. Or, ces deux taches sont essentielles pour mener à bien une politique de formation.

– L’ANT souffre également du « manque de cohérence de certains objectifs et (du) caractère insuffisant du contrôle interne tant au niveau de l’évaluation des actions que des procédures de gestion ». Ainsi, des partenaires importants tels que PAIO, missions locales, travailleurs sociaux, équipes de la mission « Développement social des quartiers », sont trop souvent absents du réseau ANT. On aboutit au maintien des migrants dans un « univers protégé », ce qui va à l’encontre de l’objectif d’insertion de l’Agence.

– Enfin, « les efforts de formation du personnel sont encore insuffisants alors que les missions de l’Agence requièrent une technicité certaine et actualisée ». Le personnel conserve « le sentiment que les avancements, mutations et affectations obéissent à des critères très personnels ».

Ce constat n’est pas étonnant dans la mesure où l’Agence, très impliquée politiquement depuis 1982, a évolué au gré des divers changements et courants politiques, entraînant des restructurations et un dysfonctionnement empêchant tout projet social crédible en faveur des Domiens de l’hexagone et toute contribution au développement des DOM.

L’illustration la plus flagrante de ce phénomène reste l’approche de la mission mobilité.

Afin de contribuer au développement des DOM et, en particulier, de permettre à des jeunes Domiens d’accéder au dispositif de formation en métropole, une convention tripartite (Conseil régional et/ou général, Association pour la formation professionnelle des adultes, ANT) a été signée. Suivant les termes de cette convention, des places dans des stages de l’AFPA, « correspondant aux besoins économiques et sociaux des régions » sont réservées aux jeunes Domiens, favorisant ainsi des entrées rapides dans le circuit de la formation. À l’issue de leur stage, les jeunes sont donc censés repartir au pays pour y contribuer au développement local.

Or, en 1988, sur 182 stagiaires ayant bénéficié de ce dispositif, seuls 40 d’entre eux sont repartis alors que le coût de la formation s’est élevé à 900 000 F pour l’ANT et 600 000 F pour le Conseil régional. Et chaque année, le même phénomène se reproduit.

Que penser d’un tel projet de formation pour les jeunes Domiens ? Et en quoi cette politique contribue-t-elle au développement des DOM quand on remarque que les formations sont dispensées essentiellement dans les activités tertiaires et de service, que le suivi des jeunes est inexistant, bref que l’objectif poursuivi, à savoir former des jeunes pour qu’ils travaillent dans leur pays et contribuent à l’essor de celui-ci, n’est pas atteint ?

En fait, cette politique ne diffère en rien de celle du BUMIDOM. Tout au plus s’est-elle adaptée à la situation de non-emploi que connaît actuellement la métropole. En effet, les grandes administrations (Assistance publique, PU, etc.) ne permettant plus le placement direct, la migration organisée s’effectue par le biais de la formation professionnelle. On est bien loin d’une politique d’investissement pour le développement local.

Tel est tout l’intérêt que porte l’ANT aux DOM et aux Domiens. Il n’est guère plus important que celui porte aux Domiens vivant en métropole, pour lesquels aucune politique d’accompagnement social n’existe : dans ce domaine, les dossiers sont confiés à des chargés d’études qui ne sont en réalité qu’experts en opportunisme et en magouilles de toute sorte.

Non seulement l’ANT ne joue pas son rôle de soutien aux migrants, mais encore n’est-elle, avec ses 250 agents et son budget de 200 millions de francs, qu’une institution fonctionnant en vase clos, échappant à toute règle de gestion saine et transparente, où les responsables n’ont pour objectif que d’asseoir leur mandat politique et non de responsabiliser les Domiens et les sortir de l’univers assistantiel où ils sont maintenus.

On peut espérer que la nomination du nouveau directeur général permettra de doter l’Agence d’une gestion rigoureuse, d’élaborer une politique d’accompagnement social des Domiens pour leur insertion en métropole, de contribuer réellement au développement des DOM.



Article extrait du n°11

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Dernier ajout : jeudi 3 avril 2014, 17:50
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