Article extrait du Plein droit n° 29-30, novembre 1995
« Cinquante ans de législation sur les étrangers »

Rapport 1995 au commissariat général du plan : Le nécessaire retour des immigrés en l’an 2015

L’histoire a de drôles de tours dans son sac. En l’occurrence, il s’agit d’un retour, celui des immigrés en France. Dans un rapport adressé en 1995 au Commissariat général du Plan et intitulé Le travail dans vingt ans [1], une commission d’experts, présidée par Jean Boissonnat, constate notamment que, en 2015, « les plus de soixante-cinq ans représenteraient (...) 32 % de la population d’âge actif ». Il en résultera une pénurie de main-d’œuvre dans une société par ailleurs peu féconde. Que faire, s’interrogent les experts ? Comme en 40 (ou presque), répondent-ils en chœur : introduire en France des travailleurs étrangers. Voici un extrait de leurs recommandations.

« Le marché du travail en France est-il en 2015 en situation de pénurie de main-d’œuvre ? Si les ressources en main-d’œuvre issues de la progression de la population active ont plafonné à environ 26 millions de personnes en 2005 avec l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, deux évolutions ont pu compenser cette tendance.

 » La première tient à l’allongement possible du cycle de vie active. Compte tenu de la recherche accentuée de formation, on n’imagine pas a priori les jeunes entrer plus tôt dans la vie active (sauf à commencer beaucoup plus tôt, l’activité en entreprise se combinant avec des périodes de formation). À l’opposé, les perspectives actuelles indiquent que les plus de soixante-cinq ans représenteraient, selon une hypothèse centrale de fécondité, 32 % de la population d’âge actif contre 25 % aujourd’hui. Pour stabiliser, par exemple au niveau actuel, le rapport entre actifs et inactifs, il faudrait que la vie active se prolonge alors jusqu’à environ soixante-huit ans – soixante-neuf ans.

 » Même si un pas dans ce sens pourrait être tenté par les pouvoirs publics, une interrogation subsiste quant à l’acceptabilité sociale d’une telle évolution. D’autres solutions pourraient donc être recherchées, par exemple une politique familiale qui favoriserait la natalité ou bien le recours à une immigration plus forte. L’éventualité de l’adhésion de certains pays de l’Est européen à l’Union européenne à cet horizon pourrait laisser entrevoir une source potentielle de main-d’œuvre.

Faute de Blancs, on utilisera des Noirs

 » Il semble pourtant, d’après les données disponibles, que la pression migratoire des pays de l’Europe centrale et orientale sur la France, sauf catastrophe majeure imprévisible, restera relativement faible. D’une part, parce que ces pays ont déjà réalisé pour la plupart leur « transition démographique » et voient leur population croître faiblement, ce qui limite le potentiel de mobilité, surtout pour des pays dont le niveau de vie se rapprocherait de celui des pays européens. D’autre part, parce que la France n’a jamais représenté une destination privilégiée d’émigration pour ces populations.

 » On considère aussi qu’entre 60 % et 80 % des migrations mondiales sont d’ordre économique, c’est-à-dire liées aux disparités de revenus. Or, les dernières projections disponibles de la Banque mondiale indiquent que, sur la période 1995-2004, les pays de l’Afrique subsaharienne verraient leur PIB par habitant ne croître en moyenne que de 0,9 % par an. Ainsi, au moment où notre pays pourrait connaître un manque de main-d’œuvre, l’état des disparités économiques avec nos voisins africains sera tel qu’une pression migratoire forte continuera d’exister vis-à-vis de la France à laquelle ces pays sont traditionnellement liés. L’évolution du marché du travail en France et les écarts persistants de développement rendent donc possible une reprise de l’immigration comme cela fut le cas au cours des décennies 1950-1970 ».

(Titre et intertitre sont évidemment de la rédaction.)




Notes

[1Le travail dans vingt ans, Rapport de la commission présidée par Jean Boissonnat, Commissariat général du Plan, Éditions Odile Jacob, Paris, 1995, 80 F.


Article extrait du n°29-30

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Dernier ajout : jeudi 21 août 2014, 13:54
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